Chers collègues,

Vous trouverez ci-joint un appel à communication sur l'histoire de la
protection des oiseaux.
Le séminaire sera organisé à Paimboeuf (44) dans le cadre du festival
Birdfair les 21 et 22 septembre prochains.

Le résumé des projets de contributions à ce séminaire doivent être
envoyés pour le 31 mai.

Cet appel est aussi consultable sur le site de l?Association pour
l'histoire de la protection de la nature et de l?environnement (AHPNE) : http://www.ahpne.fr/

Bien cordialement.

Valérie Chansigaud


L?histoire de la protection des oiseaux
Appel à communications
Dans le cadre du centenaire de la création de la Ligue pour la Protection
des Oiseaux, l?AHPNE et la LPO souhaitent organiser un séminaire les 21 et
22 septembre 2012, à Paimboeuf (44) ayant pour but de remettre en
perspective historique la protection des oiseaux sous le double point de
vue de l?ornithologie et de la société.
Contexte historique
Les oiseaux et leur protection sont un élément essentiel de l?histoire de
la protection de la nature et de l?environnement (PNE) : ils sont à
l?origine des mouvements sociaux les plus importants et les plus précoces
de la PNE ; ils ont conduit à l?adoption des premières mesures
législatives de préservation de l?environnement naturel; ils ont été
l?élément moteur de la transformation des pratiques scientifiques.
La protection des oiseaux a suscité de très nombreuses publications
outre-Manche et outre-Atlantique, mais l?histoire du mouvement en France
reste très peu étudiée. Il s?agira de cerner quelle a été la part
prise par les questions de protection des oiseaux en France dans la
construction du mouvement de protection de la nature et de l?environnement
tant au niveau individuel que local (départemental, régional), national
et international.
La question de la protection des oiseaux devient un thème récurrent des
discussions autour de la législation relative à la chasse dès les
années 1840, et elle est largement reprise par deux sociétés : la
Société d?acclimatation et la Société protectrice des animaux. Plus
tard, la question des oiseaux est débattue dans divers congrès comme,
bien sûr, ceux d?ornithologie (Vienne, 1884 ; Budapest, 1891, Paris,
1900), mais aussi ceux qui ont pour sujet l?agriculture, l?horticulture, la
protection des animaux, les femmes... Toute cette mobilisation se traduit
par la signature de la Convention de Paris sur les oiseaux utiles à
l?agriculture, le 19 mars 1902 et sa ratification par la France en 1905.
L?entre-deux- guerres est marqué par une double dynamique qui vient
s?ajouter à la thématique utilitariste, plus classique. On assiste à la
fois à une « scientifisation » et une « sentimentalisation » des
discours sur la protection des oiseaux, même si le phénomène semble
moins net en France qu?en Angleterre ou aux États-Unis. C?est l?époque de
la création de la première réserve naturelle ornithologique française
(les Sept-Îles à l?initiative de la LPO, en 1912). C?est après la
seconde guerre qu?est entreprise, à l?initiative de la France, une
révision de la convention de 1902 aboutissant à la signature, toujours à
Paris, de la convention internationale du 18 octobre 1950 sur la
conservation des oiseaux qui entrera en vigueur en 1963 mais,
paradoxalement, sans la France, qui ne réussira pas à la ratifier. Mais
c?est véritablement durant les années 1960 et 1970 que la protection des
oiseaux connaît un véritable essor avec la constitution de nombreuses
associations spécifiques et l?engagement dans divers mouvements de lutte.
Parmi celles-ci, beaucoup sont en relation avec les pratiques
cynégétiques (par exemple loi sur les ACCA de 1964, dite loi Verdeille.
ou certaines chasses dites traditionnelles). Par ailleurs, il semble aussi
que très rapidement, en dépassant les aspects « prélèvements » et «
protection nominale des espèces », la question de la sauvegarde des
milieux ait été prise en compte (par exemple, la mise en place du Bureau
MAR en 1962 et la signature de la convention de Ramsar sur la protection
des zones humides en 1972). L?adoption en 1979 de la directive sur la
conservation des oiseaux sauvages s?intéressant tout à la fois protection
nominale et à la sauvegarde des milieux marque une étape importante.
Axe 1 : l?ornithologie et la protection des oiseaux
Les ornithologues n?ont pas toujours été les protecteurs qu?ils sont
aujourd?hui. Leur implication dans la protection des oiseaux, lente au XIXe
siècle, s?est accélérée durant l?entre-deux-guerres et a culminé
durant les années 1960 et 1970. Il convient de revenir sur cet engagement
et de mieux comprendre ses mécanismes. Comment les ornithologues, très
souvent chasseurs et collectionneurs, sont-ils devenus des protecteurs ? Le
sont-ils tous devenus ? Comment les scientifiques ont investi les
organisations de protection des oiseaux et, d?une façon plus large, le
mouvement en faveur de la sauvegarde de la nature et de l?environnement ?
Est-ce que le statut amateur ou professionnel des ornithologues a favorisé
ou freiné ces engagements ? Si les scientifiques se sont saisi des
questions de protection de la nature et de l?environnement, qu?en est-il de
l?adaptation des questions de protection aux discours et aux procédures
scientifiques ? Quelles connaissances scientifiques ont été diffusées
dans l?ensemble de la société et comment ?
Axe 2 : la société et la protection des oiseaux
La question de la protection des oiseaux dépasse très largement le cadre
de la science. Très tôt, dès le début du XIXe siècle, la disparition
progressive des oiseaux suscite l?inquiétude parmi les chasseurs, les
jardiniers, les propriétaires, les amoureux de la nature... L?engagement
de la Société protectrice des animaux aux côtés de la Société
d?acclimatation indique clairement les dimensions morales sous- jacentes à
la protection des oiseaux. L?une des caractéristiques des grandes
sociétés de protection des oiseaux anglophones et germanophones (Royal
Society for the Protection of Birds, Audubon Society, NABU) est la grande
place des femmes dans ces structures (jusqu?à 80 % des membres) ; il n?est
pas étonnant que les questions de sensibilité soient au centre de la
plupart des discours sur les oiseaux. Dès lors se met en place un discours
complexe portant à la fois sur la protection des oiseaux comme individus
(leur sauvetage durant les marées noires est un exemple) et comme espèces
(la constitution de listes rouges). Si les aspects rationnels de la
protection des oiseaux sont relativement bien connus, il convient de mieux
explorer les aspects éthiques et culturels, en un mot sociaux. Quels sont
les valeurs et les symboles culturels véhiculés par les oiseaux ? Comment
se met en place la diffusion et la justification du nourrissage hivernal et
des nichoirs ? Pourquoi la France n?a pas connu de mobilisation féminine
contre la mode similaire aux pays voisins ? Les discours contemporains sur
la protection des oiseaux possèdent-ils encore des dimensions éthiques,
et si oui, quelles sont-elles ? Quelles sont les relations, s?il y en a,
entre l?écologie politique et les mouvements de protection des oiseaux ?
Les communications souhaitées sont de trois types :
? biographique et monographique : individu, institution (organisation) et
publication (revue,
quotidien, hebdomadaire, illustré...) ;
? événementiel : faits et étapes marquants ;
? comparatif : entre disciplines, entre régions, entre pays, entre
différentes époques.
Le résumé des projets de contributions à ce séminaire doivent être
envoyés pour le 31 mai à:
1. Valérie Chansigaud (valerie.chansigaud@noos.fr)
2. Rémi Luglia (remi.luglia@free.fr)
3. Jean-Pierre Raffin (jean-pierre.raffin@wanadoo.fr)