Naturalisation, déterminisme biologique et sciences sociales : race, sexe
et comportements.

Ecole thématique pluridisciplinaire.
29 octobre 2018 ? 2 novembre 2018
Coordination scientifique : Luc Berlivet (Cermes3), Catherine Bourgain
(Cermes3), Jean-Paul Gaudillière (Cermes3), Boris Hauray (IRIS) ;
Christelle Rabier (CNE, Marseille).

En vue de former de jeunes chercheurs et chercheuses - doctorat et
post-doctorat ? dans une perspective interdisciplinaire aux questions de la
naturalisation au c?ur de l?actualité de la recherche en sciences sociales
de la santé, l?EHESS, le Cermes3 et l?IRIS organisent dans le cadre du
Programme de recherches interdisciplinaires « Santé » une école
thématique dans la région parisienne (Domaine de Bierville) du 29 octobre
au 2 novembre 2018. Date-limite de candidature : 15 septembre 2018.






L?une des questions parmi les plus discutées au sein des sciences
sociales, aujourd?hui, à travers le monde, concerne l?essor de conceptions
naturalistes du social. De fait, au cours des quinze dernières années, un
nombre croissant d?intervenants (scientifiques, journalistes, acteurs
politiques, experts es politiques publiques, etc.) sont venus affirmer, ou
réaffirmer, l?existence de déterminismes biologiques censés régir une
gamme de plus en plus étendue de pratiques et d?identités sociales : de
l?appartenance à un groupe racial ou ethnique aux préférences sexuelles,
en passant par la prédisposition à telle ou telle maladie ou la capacité
à apprendre. L?inquiétude vis-à-vis de ces développements multiformes
qui contribuent, chacun à sa manière (incidente ou au contraire
radicale), à questionner la légitimité scientifique des sciences
sociales laisse parfois percer une forme d?incrédulité concernant les
évolutions en cours, assimilées à une régression sans précédent. Tout
se passe comme si le sens de l?histoire s?était brutalement inversé avec
le « retour » d?entités réputées disparues, ou en tout cas
résiduelles : la race, l?hérédité de l?intelligence, etc. Pourtant,
par un étrange paradoxe, cette même configuration a aussi vu la
multiplication d?appels de chercheurs en sciences sociales à prendre appui
sur le succès de l?épigénétique pour, à la fois repenser l?imbrication
du social et du biologique, élargir le domaine de pertinence de nos
disciplines et collaborer, sous des formes nouvelles, avec généticiens,
épidémiologistes, médecins et autres spécialistes du biologique.

Saisir les singularités de cette nouvelle configuration des relations
entre sciences de la vie et sciences sociales implique de remettre en
perspective - historique, sociale, politique, épistémique - les
entreprises contemporaines de naturalisation du social, d?en analyser les
multiples dimensions et d?identifier avec précision les enjeux qu?elles
recouvrent. Tel est l?objectif de cette école thématique
pluridisciplinaire qui s?intéressera tout particulièrement à quatre
dimensions.

- Un premier aspect indispensable à prendre en compte concerne la
diversité des modalités par lesquelles s?opère la naturalisation du
social. Ainsi, le déterminisme héréditaire des généticiens
diffère-t-il notablement de la détermination neuronale problématisée au
sein des neurosciences et des sciences cognitives, sans même parler des
schèmes de pensée sur lesquels reposent les algorithmes censés révéler
les liens sous-jacents entre les caractéristiques biologiques
(anthropométriques et autres) des individus et leurs pratiques sociales
(leurs préférences sexuelles in primis).

- Cette pluralité de styles de pensée scientifiques découle, en partie
au moins, de la grande variété de disciplines, segments professionnels et
configurations institutionnelles impliqués dans les différentes
entreprises de naturalisation du social. A ce titre, il faut souligner le
rôle central que joue la biomédecine, dans toutes ses dimensions, depuis
une quinzaine d?années : les préoccupations liées à l?amélioration de
la santé humaine sont très souvent le moteur d?innovations scientifiques
et techniques mobilisées ensuite dans de tout autres domaines (la
génomique constitue ici un cas d?espèce). La dimension économique n?est
évidemment pas absente de ces processus, comme le montre l?expansion du
marché des tests génétiques et/ou d?ADN (qu?il s?agisse d?évaluer le
risque de maladie ou d?éclairer l?ascendance biogéographique de la
personne testée), des applications spécialisés (avec leurs sites
dédiés) et des objets connectés. Cette modalité consumériste du
naturalisme biologique mérite d?être analysée à la lumière des
analyses foucaldiennes sur la subjectivation individuelle et le règlement
des conduites ainsi que des nombreuses théories sociologiques relatives
aux processus d?individuation et d?autocontrôle. 

- Un troisième questionnement concerne « l?objet » même des
tentatives de naturalisation, leur « cible » si l?on préfère. Dans un
certain nombre de cas, ce qui est en jeu c?est la caractérisation de
populations humaines, au sens le plus général du terme : il suffit ici
de penser aux débats en cours sur la légitimité du recours à la notion
de race en génétique, à l?essor des admixture studies. De leur côté,
les différences de genre ont été érigées en objet de recherche
privilégié par une partie au moins des neurosciences et des sciences
cognitives. Parallèlement, la liste de « comportements » prétendument
déterminés par nos gènes ou notre configuration neuronale s?allonge
pratiquement de jour en jour : de l?intelligence aux préférences
sexuelles, en passant par la propension à la violence ou à l?usage des
médias sociaux. Dans le contexte de la « médecine personnalisée »,
enfin, c?est de prédisposition génétique à telle ou telle pathologie
qu?il est question avec à la clé, de façon plus ou moins spéculative,
l?innovation technologique et biomédicale.
- Enfin, parce qu?il s?agit non seulement de connaître mais aussi
d?intervenir et d?améliorer, il importe d?interroger les relations entre
naturalisation, problématisation et politique. Ainsi la question de la
naturalité des comportements est-il indissociable de la généralisation
du risque, à la fois comme catégorie d?appréhension des problèmes et
outil d?évaluation, mais également en tant que dispositif d?action
privilégié par nombre de politiques publiques en matière de santé,
d?éducation, ou d?environnement.   
Chacun de ces aspects nécessite d?être replacé dans sa perspective
historique propre, en ne s?arrêtant pas uniquement à la généalogie des
notions mobilisées, mais en s?intéressant également à leurs usages
sociaux et, parfois, proprement politiques. Pour ne prendre qu?un exemple,
analyser les usages de la catégorie de race au sein des sciences
biomédicales et de la biologie humaine contemporaine implique notamment de
les comparer aux usages de cette notion par les anthropologues
positivistes, les généticiens nazis, puis par les sociobiologistes contre
lesquels bataillèrent les plus grands noms de l?antiracisme scientifique
(Julian Huxley, Richard Lewontin, Steven Jay Gould, Albert Jacquard, etc.).

L?école thématique pluridisciplinaire qui se tiendra dans la région
parisienne (lieu encore à déterminer), du 29 octobre au 2 novembre 2018
sera l?occasion d?approfondir les réflexions en cours sur ces différentes
dimensions. Elle s?attachera en particulier à croiser des perspectives
généralement envisagées de manière indépendante, comme celles qui
concernent la naturalisation des origines humaines, des différences de
genre, ou des comportement. L?attention portée aux thématiques nouvelles
ou émergentes se combinera avec un souci de formation des jeunes
chercheurs (doctorants et post-doctorants) et d?intensification des
échanges entre les collègues français et étrangers.

D?une durée de quatre jours, l?école thématique associera trois
formats de discussion :
1 Des conférences thématiques, lesquelles privilégieront des collègues
étrangers que nous avons rarement l?occasion d?entendre et auront pour
mandat d?offrir une synthèse/discussion critique des recherches en cours,
de leurs perspectives et enjeux méthodologiques. Les conférenciers ayant
accepté notre invitation sont : Duana Fullwiley (Stanford University),
Hannah Landecker (UCLA), Rebecca Lemov (Harvard University), Ricardo
Ventura Santos (Fundação Oswaldo Cruz, Rio de Janeiro), Sarah Richardson
(Harvard University).

2 Des ateliers de lecture et de discussion critique d?une sélection de
textes fondamentaux à destination des doctorants participants à
l?école ; ceux-ci seront organisés et animés en priorité par les post
doctorants ou jeunes chercheurs.
 
3 Des présentations de recherches en cours émanant aussi bien des
chercheurs des centres et laboratoires de l?EHESS que de doctorants et
post-doctorants. 
Les jeunes chercheurs et chercheuses sélectionnés par le comité
d?organisation participeront à des ateliers de lecture et de discussion
critique de travaux fondamentaux et présenteront leurs recherches en
cours. Chaque intervenant-e disposera de 15 minutes pour résumer les
principaux points du texte de sa contribution écrite, qui devra être mise
à disposition le 15 octobre 2018 au plus tard. Les travaux se tiendront en
français et en anglais. 


Candidature
Toutes les personnes intéressées à participer à l?école thématique et
y présenter une contribution sont donc invitées à envoyer un CV et un
résumé d?une longueur maximale d?une page avant le 14 septembre 2018
à : priehess2018@gmail.com
avec copie à : Luc Berlivet (luc.berlivet@ehess.fr) et Jean-Paul
Gaudilliere (jean-paul.gaudilliere@ehess.fr).